GP3A/Saint-Laurent – En souvenir des six martyrs de Kergoula

Date de l'évènement: 
Dimanche, 5 Août, 2018

Dimanche 5 août (2018), devant le monument de Kergoula érigé en mémoire des 6 victimes de la folie meurtrière des soldats allemands - Yves Cazoulat, Roger Dubernard, André Raoult, Jean Bivic, André Hamon et son frère Roger Hamon, arrêtés par la gestapo à Plouha, transportés à Saint-Laurent attachés aux ailes de camions allemands, ...

... torturés et exécutés, après qu'ils durent creuser leurs propres tombes [NDLR : Source : l'ouvrage "1939-1945 L'occupation Bégard" de Pierre Martin – pages 183 à 193]Annie Le Gall, la maire de Saint-Laurenta prononcé un discours remémorant les évènements qui eurent lieu ici, le premier dimanche d'août 1944, jour de fête à Saint-Laurent, comme tous les premiers dimanches d'août depuis : "Ce matin-là, René Arzul et son frère Pierrot, sont derrière la fenêtre de la maison familiale au bourg de Saint-Laurent. Soudain, René appelle sa mère Maria : « Maman, y'à les boches qui passent ». Plus tard Marie Veil arrive affolée : « des allemands sont à Kergoua, pressez vous d'enlever les drapeaux chez Maria et à la Mairie ». En effet, ce matin-là, Marie Veil, 20 ans, qui habite une maison du bourg, se prépare à aller aider sa sœur à Kermoroch ; Sa sœur est restée seule à la ferme depuis le départ à la guerre de son mari. En route, elle rencontre Louis Le Berre à Kergoua, livide, atterré. Il revient de son champ où il était parti chercher de l'herbe ; Sa brouette est vide : « Marie, ne va pas plus loin, il y a des allemands plus haut ; Retourne chez toi, passe chez Arzul et à la mairie, il faut enlever les drapeaux ». Le temps de redescendre, de les enlever, les allemands passent dans le bourg, armés jusqu'aux dents, provoquant l'appel de René Arzul à sa mère Maria. Entre temps, à Kergoua, Louis Le Berre qui a vu les allemands partir, retourne vers son champ ; Dans le fossé, des bouteilles d'alcool vides, des jerricans... Il lève le regard et là, il découvre l'horreur : 5 hommes, enterrés tête contre tête, les pieds découverts ; Un sixième un peu plus loin, abattu d'une balle dans le dos. Joseph Le Sech, alors au maquis de Plouisy, les ramène avec la charrette à l'école des garçons, aidé des maquisards et de la population. Six hommes qu'ils ne connaissaient pas, abattus dans leur commune le jour de la fête du village. Six victimes parmi les 6.000 français qui furent massacrés par les allemands, parmi les 25.000 autres qui furent fusillés, et les 27.000 résistants qui moururent en déportation et de plus de 76.000 déportés juifs".

Annie Le Gall rappelle que 72.000 enfants juifs vivaient en France en 1939 ; "12.000 ont été éliminés, 60.000 ont survécu et beaucoup parce qu'ils ont été cachés. Rendons hommage à toutes ces femmes et ces hommes qui ont pris des risques au péril de leur vie. Ces justes qui ont incarné l'honneur de la France, les valeurs de justice, de tolérance et d'humanité". Elle avait eu l'an passé une pensée pour Simone Veil qui venait de décéder [NDLR : Voir Commémoration de Kergoula - Quand les morts instruisent les vivants ]. "Elle vient aujourd'hui de ressusciter en entrant au Panthéon, déclare la maire de Saint-Laurent, et avec elle la voix de tous les déportés. Son combat n'aura pas été vain. La difficile lutte contre le nazisme, contre six longues années de domination allemande, doit rester dans les mémoires. On minimise trop souvent la portée des idéologies fascistes".

Pierre Martin, le président de l'ANACR, dit son inquiétude en notant la présence, lors de cette cérémonie d'hommage, de Thomas Hillion, l'un des derniers combattants de la dernière guerre : "Quand nous ne serons plus là, nous, qui viendra en ce premier dimanche d'août se recueillir devant ce monument ? Quelques élus sans doute, encore sensibles aux drames de ce conflit qui aura fait 540 millions de morts... Accompagnés par qui ? Par les jeunes générations ? On peut toujours espérer mais l'incertitude est grande, et l'oubli l'est encore plus". Un oubli qui, selon lui, explique la renaissance de "la bête immonde", malgré tous les drames qu'elle a engendrés. "Les élections en Europe interpellent, dit-il ; En Italie, en Pologne, en Autriche, au Danemark et même en Allemagne, sans compter la Turquie, des pays comme le nôtre qui ont terriblement souffert de la guerre et qui repartent vers le racisme, l'antisémitisme, intégrant une nouvelle identité raciale, supprimant les libertés, emprisonnant ceux qui gênent, comme dans un passé qu'on aurait voulu oublier".

Puis de fustiger tous ceux, "dans notre environnement immédiat", pour qui tout est bon pour dénigrer la résistance, "allant même jusqu'à oser dire que la résistance a tué plus de français que l'armée allemande [...] ces négationnistes qui depuis des décennies salissent les 1.450 morts au combat - fusillés ou déportés – des Côtes d'Armor" et de conclure la cérémonie d'hommage aux martyrs de Kergoula en déclarant : "La vigilance s'impose. L'Europe se déchire et durant le temps troublé que nous traversons, nous devons empêcher que le camp d'Auswitch ne renaisse sur les cendres froides des victimes d'il y a 75 ans".

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